Publié par : mtgeneve | 24 décembre 2013

Bob Roth se raconte

BobRoth

Sur son site, Maria Shriver, journaliste, auteur, présentatrice TV et activiste américaine renommée, laisse la parole au directeur exécutif de la Fondation David Lynch et professeur de Méditation Transcendantale (MT) de longue date, Bob Roth. Nièce du président John F. Kennedy, Maria Shriver  a été la première dame de Californie de 2003 à 2010 en tant que femme du Gouverneur Arnold Schwarzenegger. La Fondation David Lynch a été lancée en 2005 par le célèbre réalisateur pour aider les personnes défavorisées à bénéficier de la technique de MT.

Un homme en mission : Bob Roth, Directeur exécutif de la Fondation David Lynch

J’ai grandi dans la région de la baie de San Francisco durant les années cinquante et soixante, dans une famille très impliquée politiquement. Tellement politique, en fait, que j’ai littéralement su que j’étais un démocrate avant de savoir que j’étais juif.

J’ai été élevé dans une famille où les Droits civils, la Guerre du Vietnam et la Guerre froide étaient tous des sujets de discussion (pas vraiment de débat, car nous étions tous d’accord sur les bases) autour du diner. Mes parents ont instillé dans chacun de nous quatre enfants un désir profond et passionné de faire quelque chose de bien pour le monde — et sur la base de cette éducation, j’ai su rapidement, à l’école secondaire, que je voulais me destiner à la politique. Ultimement, je me voyais sénateur des Etats-Unis.

Ma passion devint plus urgente après l’expérience des traumatismes de 1968 et l’assassinat de Martin Luther King Junior ainsi que le terrible meurtre de Robert F. Kennedy, pour la campagne présidentielle duquel j’avais travaillé durant ma dernière année d’école secondaire.

Je fus promu de l’école secondaire en juin 1968 et entrai à l’université de Californie à Berkeley en automne, dépassé, naïf et ne soupçonnant guère les développements choquants dans ma vie durant cette première année : les manifestations et les émeutes sur Telegraph avenue, les hélicoptères crachant des gaz lacrymogènes sur des milliers d’étudiants assemblés au Sproul Plaza, les immenses sit-ins contre la guerre ; des tanks de l’armée (oui, des tanks) parqués devant la porte d’entrée de ma maison ; et deux jeunes gens abattus dans la polémique à propos des droits de propriété d’un terrain vague connu sous le nom de People’s park [le Parc du peuple].

C’étaient des temps fous et mon amour pour la politique en tant que profession commença à s’éroder avec les divisions et oppositions, la violence et les abus de l’époque, dont j’étais le témoin direct. Je trouvai un intérêt croissant pour l’éducation, domaine dans lequel, comme je l’expliquais à mon père incrédule, j’obtiendrais un doctorat en tant que spécialiste du développement de programmes de cours. J’aiderais à changer le monde en commençant par les élèves du jardin d’enfants.

Je n’étais pas un hippie, je ne prenais pas de drogues et je n’étais pas intéressé par la pléthore de nouvelles sectes et de philosophies du Nouvel âge qui inondait la ville. Mais j’étais désorienté et stressé.  Vraiment stressé. J’avais un travail à temps partiel dans un magasin de glaces Swenson — le seul job que j’avais pu trouver qui s’adaptait à mon horaire de cours. Et parmi tous les propre-en-ordre et les chevelus et les sportifs et les cinglés qui fréquentaient cet endroit ou y travaillaient, il y avait un gars avec qui je travaillais, Peter Stevens, qui était comme une surface d’eau calme.

Peter était centré, énergique, super-intelligent, bon envers tous, détendu, jamais agité, avec en lui un calme ineffable. Je découvris, plutôt heureusement, qu’il « méditait. » Cela sonnait faux pour moi. Dans mon monde centré sur l’activisme où « si vous ne faites pas partie de la solution, vous faites partie du problème, » la méditation n’était pas dans mon vocabulaire.  Mais j’étais intrigué et curieux, et ouvert lorsqu’il me dit qu’il n’y avait rien en quoi il fallait croire. Et, tout aussi attirant pour mon esprit très occupé, il m’assura que c’était simple, facile, et que je pourrais le faire sans problème.

Prudemment mais courageusement (je n’étais jamais allé apprendre quelque chose du style de la méditation auparavant), j’assistai à une conférence d’introduction sur la technique. Un homme sympathique et bien habillé parla environ 45 minutes. Il dit plusieurs choses qui me frappèrent. Il dit que la Méditation Transcendantale donnait l’expérience d’un état de conscience profondément apaisé et paisible qui existait déjà en tout temps profondément à l’intérieur de l’esprit pensant de chacun.

Il dit qu’il y avait des changements physiologiques marqués et des bienfaits pour la santé qui découlaient de cette pratique. Il dit que la MT était une pratique facile et dénuée d’effort, contrairement à d’autres méditations qui nécessitaient un pouvoir de concentration extraordinaire pour calmer l’esprit. Il dit que je n’avais pas besoin de croire en quoi que ce soit pour que cela fonctionne. Et il dit quelque chose qui résonna dans mon âme égalitaire : chacun peut le faire aussi bien que quiconque d’autre — personne ne le fait mieux ou moins bien que quiconque d’autre. En tant qu’humains, nous sommes programmés pour l’expérience de façon égale. L’expérience méditative est notre droit de naissance.

J’appris à méditer, pas d’un livre ou dans un groupe, mais en privé, d’un enseignant spécialement formé dans une chambre calme donnant sur le corridor du Centre MT de Berkeley. Mes souvenirs de cette première expérience de méditation restent clairs. C’était physique. En quelques instants, j’avais la sensation physique de couler, profondément, dans un vaste calme intérieur. J’étais éveillé et pourtant tous les muscles dans mon corps se détendirent immédiatement.

Je fis l’expérience, très concrètement, de quelque chose de différent de tout ce que j’avais connu, une sensation de plongée verticale “à l’intérieur.” C’était tout à fait différent de mon expérience horizontale habituelle de la vie, nageant à la surface, d’une expérience sensorielle à la suivante. Bien que nouveau, cela n’était pas du tout étranger ; mais bien réconfortant, naturel et d’une certaine manière très familier.

Il était clair d’après ma première expérience que la MT était « quelque chose, » assurément quelque chose. Ce n’était pas juste « penser » au fait d’être calme, ou « visualiser » le fait d’être calme ou « essayer » d’être calme. J’entrais dans le « calme. » J’appris plus tard de mon enseignant que chacun a des expériences différentes dans ses premières méditations. J’appris aussi que chaque méditation serait différente dans la pratique de la Méditation Transcendantale — pas sur la base de la capacité à pratiquer la technique correctement, mais plutôt sur la base de l’état du corps : reposé, épuisé, tendu par les sollicitations, en pleine digestion, etc.

Inutile de le dire, j’aimais cela. J’adorais l’aisance, le naturel et l’accès que j’avais à ce « moi » intérieur dont je n’avais jamais su qu’il existait. Je terminai ma première méditation avec le sentiment d’être régénéré depuis le centre de mon être. J’étais reconnaissant. J’eus la pensée que j’aimerais partager cela avec les autres ; plus spécifiquement, en considération de mes études en éducation, je voulais enseigner cela aux enfants.

Mes premières expériences étaient assez bonnes, et pourtant, malgré cela, je fus surpris de continuer à pratiquer (je veux dire que j’étais un étudiant de 18 ans  à l’université de Californie à Berkeley et que je ne faisais rien chaque jour, même étudier, et encore moins rester assis tranquillement pour 20 minutes.)

Je continuai à méditer, deux fois par jour, chaque jour, pour trois ans, à travers des années d’études universitaires décousues quand il semblait que les classes étaient annulées à l’université aussi souvent qu’elles avaient lieu, lors de grèves contre la guerre du Vietnam ; et la politique continuait à s’effacer de mon esprit en tant que mon chemin personnel choisi pour créer un changement.

Lentement la pensée se transforma en une conviction : je devrais enseigner ceci. Je pouvais aider à créer un changement, en moi-même et dans le monde, par une pratique de méditation dénuée de philosophie, de dogmes ou de limites. Soudainement, ce que je me sentais poussé à faire n’était plus limité à obtenir des droits de vote ou à défiler contre la guerre ou à argumenter des causes dans l’arène politique — toutes des causes essentielles, pour sûr. Mais elles ne seraient plus ma seule passion.

Je voulais maintenant apprendre à enseigner une méditation qui pourrait donner accès aux vastes ressources régénératrices inutilisées qui dormaient juste en dessous de la folle activité de l’esprit pensant.

Avec la permission de mes parents, en 1972 je pris un semestre de congé de l’université, je me rendis en Espagne, étudiai avec Maharishi, le physicien indien qui avait lui-même étudié avec le plus grand enseignant de méditation de son temps, Guru Dev, de façon à devenir un « Maharishi » (grand enseignant) et apporter la Méditation Transcendantale dans le monde.

Après presque six mois d’études avec Maharishi, je devins un professeur de MT. La profession me convenait parfaitement. Je donnai des conférences et j’enseignais la MT à des milliers de personnes partout dans le monde durant les prochaines 30 ou 40 années — dans des entreprises, des hôpitaux, des écoles et universités, sur des bases militaires, dans des prisons et des refuges pour sans abri. J’aimais chaque minute de mon activité.

Avance rapide à 2005 quand, par une série « d’heureux accidents » (comme il les appelait), je me joins au cinéaste David Lynch pour lancer la Fondation David Lynch pour l’Education fondée sur la conscience et la paix mondiale. Notre but : réunir les fonds pour fournir des bourses d’étude pour tout enfant en Amérique souhaitant apprendre à méditer.

Avec le soutien de tant de gens, nous obtînmes notre statut d’association à but non lucratif, démarrâmes nos activités de récolte de fonds et aujourd’hui, même si nous sommes loin de là où nous aimerions être, nous avons néanmoins grandi avec une rapidité étourdissante, mondialement, et nous sommes tellement plus loin que je ne l’ai jamais imaginé.

A ce jour, nous avons donné des bourses d’étude pour plus de 300’000 étudiants en situation difficile dans des écoles défavorisées dans 35 pays afin qu’ils apprennent à méditer ; nous travaillons avec l’Administration des vétérans de guerre, le Département de la défense, le « Projet guerriers blessés » pour apporter la Méditation Transcendantale à des dizaines de milliers de vétérans et leurs familles qui souffrent du désordre du stress post-traumatique ; et nous travaillons en partenariat avec les Centre de justice familiale et d’autres organisations similaires autour du monde pour enseigner la MT à des femmes et des enfants qui ont été victimes de violences domestiques.

Je sens que le vent a tourné en termes de la compréhension du public et de son appréciation pour la valeur de la méditation en général, et de la Méditation Transcendantale spécifiquement. Il y a une ouverture et une réceptivité que je n’ai pas vu dans les 40 dernières années d’enseignement.

Il semble que quelque chose de fondamental puisse être fait pour aider à transformer des vies par la méditation, pas seulement parmi ceux qui sont les plus fragiles face aux traumatismes de la vie mais aussi pour l’adolescent dans une école privée qui se bat contre les démons bien réels de la toxicomanie et les pensées silencieuses de suicide ; le parent qui lutte pour survivre à un vilain divorce en maintenant la famille intacte ; ou juste la personne — homme, femme, garçon ou fille — qui navigue sur les vicissitudes quotidiennes de la vie et ne semble pas arriver à reprendre son souffle, à diminuer le bruit, à prendre une bonne nuit de sommeil.

Avec tout cela, après 40 ans d’enseignement de la MT, je me sens boucler la boucle : je sens une énergie et un idéalisme  que je n’ai pas connu depuis ces jours impétueux du début de 1968, avant que le sang versé n’écrase mon âme. Je sens que je peux, ensemble avec un grand nombre de gens intelligents, inspirés et passionnés, faire quelque chose de significatif et de durable pour faire du monde un endroit bien meilleur pour beaucoup d’autres gens, de l’intérieur vers l’extérieur.

Pour davantage d’information sur le bon travail de la Fondation David Lynch, veuillez consulter le site www.davidlynchfoundation.org

Version originale de l’article en anglais. Traduction française : Léonard Stein.

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