Publié par : mtgeneve | 23 janvier 2013

Hommage au Dr Triguna : rencontres avec un homme extraordinaire

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L’un des plus grands vaidyas (médecins ayurvédiques) de notre temps nous a quittés ce premier janvier. Né en 1920, spécialiste du diagnostic ayurvédique par le pouls, le docteur Brihaspati Dev Triguna soignait parfois des centaines de personnes par jour et était bien connu en Inde comme à l’étranger. Pendant de nombreuses années, il a collaboré avec Maharishi Mahesh Yogi à remettre en lumière l’Ayurveda dans toute sa pureté et toute son efficacité.

Au fil de 72 ans de carrière, le docteur Triguna a rencontré des millions de personnes qu’il a aidées dans leur santé et leur compréhension de l’équilibre physique, mental et spirituel. Certaines lui doivent la vie, venues vers lui après que les médecins occidentaux avaient perdu tout espoir de guérison. Né dans une famille d’érudits védiques du Punjab, il est éduqué de façon traditionnelle, apprenant de son père le sanskrit et l’astrologie védique, et rejoignant plus tard une institution d’enseignement de l’Ayurveda, le système de santé naturelle de l’Inde ancienne.

Ses années d’études approfondies feront de lui un grand maître de l’Ayurveda, spécialiste du diagnostic par le pouls (Nadi Vigyan). C’est lui qui proposera à Maharishi Mahesh Yogi, le fondateur de la technique de Méditation transcendantale, de s’intéresser à la médecine ayurvédique et d’en restaurer la pureté originelle. Lorsque Maharishi, face à une audience de médecins ayurvédiques et de scientifiques occidentaux, insistera pour que le but de ce renouveau ne soit rien de moins que « la création d’une société libre de maladies, » c’est le docteur Triguna qui se lèvera en premier pour dire oui, cela peut être fait. C’est ainsi qu’il travaillera de nombreuses années dans ce but, notamment avec deux autres grands maîtres de l’Ayurveda, le docteur V.M. Dwivedi and le docteur Balraj Maharshi. C’est de leur collaboration que naîtra l’Ayurveda Maharishi : l’Ayurveda des grands sages, l’Ayurveda originel. Le docteur Triguna contribuera grandement à rétablir une compréhension et une pratique correctes et complètes de l’Ayurveda et insistera toujours sur le retour aux formules traditionnelles, n’acceptant aucun compromis dans la qualité et la composition des produits ayurvédiques.

Congrès d'Ayurveda Maharishi : le docteur Triguna est au centre, devant Maharishi Mahesh Yogi.

Congrès d’Ayurveda Maharishi : le docteur Triguna est au centre, devant Maharishi Mahesh Yogi.


Très réputé en Inde, le docteur Triguna deviendra le président du Congrès Indien d’Ayurveda rassemblant environ 300 000 médecins ayurvédiques, et sera pendant plusieurs mandats présidentiels le médecin honoraire du Président de l’Inde. Parmi de nombreux postes à haute responsabilité, il deviendra président et membre fondateur de l’Académie nationale d’Ayurveda (institution du Ministère indien de la santé et de la famille) et recteur de l’Université védique Maharishi en Europe.

Le docteur Triguna, « Trigunaji » comme chacun l’appelait en Inde, recevra des distinctions prestigieuses de différents gouvernements et institutions autour du monde. Parmi elles, le Prix Dhanvantari, l’Ayurveda Ratna, le Prix Maharishi, ainsi que les plus hautes distinctions civiles attribuées par le gouvernement indien, le Padma Bhusan et le Padma Vibhusan pour son service sans pareil pour le bien de l’humanité.

Le docteur Triguna visitera plusieurs fois Genève, dans le cadre de conférences sur la médecine naturelle de l’Inde à l’occasion de l’assemblée annuelle de l’Organisation mondiale de la santé. Il sera entre autres reçu avec grand intérêt à la faculté de médecine d’universités comme Harvard, UCLA ou John Hopkins aux Etats-Unis.

Notre Institut Maharishi Genève compte un thérapeute agréé spécialisé en Ayurveda Maharishi, M. Philippe Mercanton et propose une gamme de produits ayurvédiques de qualité autorisés en Suisse.

Rencontres avec un homme extraordinaire

Trigunaji2C’est en 1986, en périple autour du monde, que ma femme et moi-même avons eu l’occasion de rencontrer à plusieurs reprises le docteur Triguna à son cabinet de Sarai Kale Khan dans le quartier de Nizamuddin à la Nouvelle Dehli.

Nous nous rendons y une première fois en fin de journée, question de repérer les lieux. Le soleil s’est couché sur la ville, des lumières s’allument dans les échoppes, partout du bruit et de l’activité. Une femme nous répond : « il n’est pas là en ce moment, il est avec Maharishi, il ne reviendra que tard ce soir. Revenez demain matin, il sera là ! »

D’un côté de la route, sa demeure, incluant au rez-de-chaussée une salle où des employés préparent les médicaments à base de plantes prescrits aux patients du fameux médecin. A côté, une salle d’attente confortable réservée aux patients de marque et aux visiteurs de l’étranger. En face, de l’autre côté de la route, le cabinet de consultation, une petite salle où se tient le docteur Triguna, assisté par son fils lors de nos visites. Les patients attendent à l’extérieur, sur des bancs installés sous un avant-toit. Il y a là plusieurs dizaines de personnes attendant que le grand maître de l’Ayurveda prenne leur pouls selon la tradition ayurvédique et prescrive les préparations appropriées. Une famille transporte un malade sur un brancard de fortune. Un singe est assis là parmi les patients, pour des restes de nourriture plutôt que pour une consultation, j’imagine. Tout le monde sera reçu, indépendamment de ses moyens financiers.

Notre tour arrive, quelques minutes par personne seulement car il y a du monde et cela suffit au docteur pour déceler les déséquilibres dans le pouls et prescrire les stratégies nécessaires pour retrouver l’équilibre. Un large sourire de la part de cet homme à la carrure imposante, un regard droit et pénétrant. Quelques questions sur notre pays d’origine, sur notre voyage en Inde. Quelques courts instants, ses doigts se posent sur l’artère au poignet, sentent les particularités du pouls avec une habitude née de décennies de pratique quotidienne. Le docteur Triguna lit dans le pouls avec autant de clarté que nous lisons dans un livre : l’équilibre des doshas (principes métaboliques gouvernant la physiologie selon l’Ayurveda) et subdoshas, le fonctionnement des différents organes, même l’état d’esprit. Après quelques secondes de prise du pouls, il avait remarqué à un ami en souci: « le corps est en bonne santé, mais l’esprit est perturbé. » L’extrémité de chaque doigt contient des milliers de terminaisons nerveuses, et avec la pratique et le savoir des experts, il devient possible de sentir dans le pouls des messages provenant du corps entier, véhiculant l’état des organes, les signes avant-coureurs de déséquilibres futurs, etc.

Le docteur Triguna note ses prescriptions sur un bout de papier qu’il nous tend, nous fait quelques recommandations alimentaires. Il nous envoie dans la salle d’attente de l’autre côté de la rue. Confortablement assis dans de bons fauteuils, nous attendons que des employés fort occupés préparent pour nous les prescriptions du docteur. Avec rapidité et adresse, ils puisent dans les nombreux bocaux une pincée de telle poudre, quelques feuilles de ceci ou cela, un peu de telle ou telle épice, pour composer devant le client le mélange de produits naturels qui agiront en synergie pour équilibrer la physiologie et guérir.

Très précis dans ses diagnostics et recommandations, le docteur Triguna sait aussi rire, relativiser et désarçonner le patient trop « zélé » : à une femme américaine qui se plaignait de problèmes de santé malgré une routine se conformant à toutes les règles de la vie saine, il avait répondu : « peut-être devriez-vous suivre les règles un petit peu moins… »

Selon sa demande, nous reviendrons voir le Dr Triguna deux fois, à une ou deux semaines d’intervalle au gré de nos déplacements en Inde, pour lui permettre d’observer en prenant notre pouls l’action positive de ses préparations. « Votre alimentation ne correspond pas toujours à votre constitution, » m’avait-il dit. Puis, à la fin de notre dernière consultation, constatant que j’étais plutôt mince : « mangez tout, tout le temps ! »

Le docteur Triguna a un successeur digne de lui : il a transmis ses connaissances à son fils Devendra, qui l’a aujourd’hui remplacé au cabinet de Sarai Kale Khan. Mais bien plus que cela, le docteur Triguna a contribué au renouveau du plus ancien et du plus complet des systèmes de santé, non seulement dans son pays mais pour le monde entier.

Léonard Stein

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Responses

  1. IF ANY ONE KNOW PLEASE TELL ME SHRI DEVENDRA TRIGGUNA IS SAME AS HIS FATHER SHRI B D TRIGUNA IN PULSE DIAGNOSIS AND TREATMENT


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